1918 – Vers la fin de la Guerre - 330e RI

 L'offensive allemande du 15 juillet 1918

 

De très nombreux indices ont laissé voir depuis quelque temps l'intention agressive de l'ennemi : ses observateurs de première ligne se multiplient; des bruits de voitures et de tracteurs se font entendre chaque nuit, les prisonniers refusent de répondre ; l'aviation signale des camouflages nouveaux et des amas de matériaux considérables.

 Le général Gouraud a dès le 7 juillet alerté son armée par son ordre fameux

« l'assaut sera rude ! Personne ne reculera !... »

Le régiment travaille avec plus d'ardeur que jamais, a organisé son terrain et, derrière lespremières lignes, les compagnies passent toutes les nuits à établir sur la position intermédiaire la barrière suprême où coûte que coûte on doit arrêter l'adversaire. Un peu avant l'heure de l'attaque, notre artillerie lourde en éveil depuis longtemps et copieusement fournie de munitions déchaîne sa contre-préparation : le bombardement ennemi formidable commence, et de Château-Thierry à la Main-de-Massiges la terre tremble ; le ciel est en feu. Tout le monde a mis son masque, les obus toxiques se mêlent aux percutants de tout calibre; les tranchées sont retournées et bouleversées, les pertes sont déjà sévères, mais on tient bon. Les deux sections laissées en première ligne ont pour mission de faire croire à une occupation dense en lançant des fusées et de prévenir, le moment venu, de l'attaque de l'infanterie Jusqu'à 3 h. 30, sous le martelage infernal du tir ennemi, les fusées montent et sur les positions intermédiaires les compagnies travaillent à renforcer leurs défenses ; les réseaux (tranchées) ont maintenant 12 mètres de large, les brèches sont bouchées à coup de chevaux de frise; les boyaux et les pistes sont barrés et obstrués, à 4 h. 5, dans le jour qui se lève, la section Rousseau sur la droite lance une fusée chenille ; c'est le signal convenu, l'infanterie sort de ses tranchées et vient se coller à terre tout contre la première ligne. Le barrage roulant commence d'une violence extrême et les vagues ennemies s'avancent. L'ennemi arrive aux réseaux et reste un instant décontenancé en trouvant la première ligne vide. Ils se ruent en avant et se heurtent à des affrontements. La division lance sa fusée drapeau, il est 5 h. 30. Sur tout le front, la fusillade éclate. Les bataillons déclenchent brusquement leur mousqueterie et les rafales de leurs mitrailleuses, les 75 chargés à mitraille rasent les têtes et vont jeter dans les rangs ennemis le désordre avec la mort. Pendant deux heures jusqu'à 7 h. 30 la lutte est effroyable. L'ennemi aborde la position intermédiaire par les quatre boyaux. L'ennemi, que ses pertes énormes paraissent avoir épuisé. Le ravitaillement n'a pu se faire, on mange sur place les vivres de réserve ; l'artillerie tire toujours mais on s'efforce encore de refaire les barrages et d'améliorer les emplacements de combat.

 

 

Le matin du 16, vers 7 heures, le bombardement reprend avec une intensité nouvelle, les avions ennemis survolent nos lignes et les mitraillent à faible hauteur ; on riposte; l'un des avions s'abat en flammes et chacun se dispute l'honneur de ce beau coup. Attaques et contre-attaques se poursuivent au centre du secteur jusqu'à 16 heures, les sous officiers rendent infructueux les derniers efforts de l'ennemi : c'est la fin, la grande offensive est brisée. Le sol est jonché de cadavres ennemis. Mais les pertes sont importantes au sein du régiment. L'infanterie ennemie épuisée par l'effort suprême qu'elle avait donné ne fit les jours suivants aucune tentative ; l'aviation seule se montra fort active et l'artillerie poursuivît, à grands renforts d'obus toxiques, ses tirs de harcèlement.

Le général Gouraud, fier de la IVe Armée qui avait supporté sans faiblir le choc de 25 divisions, put féliciter ses troupes et leur dire : « C'est un coup dur pour l'ennemi, c'est une belle journée pour la France. »

 

La Poursuite : le Mont-de-Choisy et l'Ailette

 

Le 3 août, le régiment va s'embarquer à Vitry-Ia-Ville, pour Verberie (Oise), où il arrive le 4. Enlevé en camions automobiles le 5, il va cantonner à la Ferté-Milon. Le 12, il fait mouvement par voie de terre et se porte dans la zone Crépy-en-Valois, à Vaumoise, Feigneux, Bussy-Bemont. Il arrive en forêt de Compiègne. Le 18, à 16 heures, il reçoit l'ordre de prendre ses dispositions en vue de l'attaque, et à 20 heures, il se rend en forêt de Laigue, au parc d'Offémont, où il passe la nuit. Le 19, au soir, il est en ligne, à la tranchée du Cantonnier, face au Nord, au bois de la Montagne. 20 août 1918 : attaque générale,il passe aux ordres de la Xe Armée (général Mangin),qui doit attaquer en direction de l'Aisne, de l'Ailette et de Laon. Les objectifs de la division sont : la région des Creutes (une creute est le terme utilisé pour désigner une carrière souterraine en Picardie), la ferme de Belle-Fontaine et le Mont-de-Choisy, position formidable qui ménage des vues importantes sur la vallée de l'Oise et qu'il faut enlever, coûte que coûte, pour le succès des opérations futures. Le 330 est régiment de gauche de la division, le 5e bataillon (commandant Lomont) est à gauche ; le 4e (commandant Marmier) à droite. A chacun d'eux, la 23e compagnie donne un peloton de nettoyeurs ; le reste du 6e bataillon (commandant Morel) est à la disposition du colonel commandant l'infanterie divisionnaire. Chacun des bataillons de tête est appuyé par une équipe de sapeurs du génie, munie des appareils Schilt. Les positions de départ sont prises, sous un tir violent d'obus toxiques. A 7 h. 10, heure fixée pour l'attaque, les deux bataillons s'élancent, entraînés par leurs chefs et les premières lignes sont enlevées d'un bond. Le terrain est difficile, creusé de ravins successifs et profonds, encombré d'abatis, semé d'embûches et découvert, à gauche, par une clairière propice aux tirs d'enfilade, il présente à chaque pas d'anciennes carrières : les creutes camouflées par l'ennemi, merveilleux abris naturels où il a massé ses réserves. L'élan de tous est tel, que le lieutenant-colonel, entouré de son état-major, se trouve soudain devant un groupe important d'ennemis débouchés d'une creute ; un commandant adjoint au chef de corps, tue de sa main l'un des ennemis, tous les autres se rendent, ils sont plus d'une centaine. Le régiment, colle au barrage roulant et progresse sans arrêt. Près de la ferme de Belle-Fontaine, tout un état-major de bataillon (du 2e Bavarois) est fait prisonnier ; le matériel capturé, trop long à dénombrer, est laissé sur place, le chef de bataillon qui s'est rendu. Au point de vue tactique, la conquête des creutes a l'énorme avantage de permettre maintenant d'aborder la lisière du bois, en débouchant des sorties nord. C'est la troisième phase de l'attaque; ce sera la plus rude. Dès leur sortie des creutes, les compagnies sont prises à partie par une ligne de mitrailleuses, qui forment un barrage infranchissable ; l'ennemi qui sait l'importance de la position a rassemblé là, en hâte, toutes les pièces d'une de ses divisions (la 94e) ; le feu est d'une densité effroyable, et il y a 150 mètres à faire, des sorties de la creute aux lisières du bois; en outre, à l'est de Lombray, deux canons-revolvers prennent les vagues d'assaut en enfilade et forcent les hommes à se plaquer contre le sol. Ceux qui se lèvent sont immédiatement frappés. Tout mouvement semble impossible; la situation est critique, et les pertes sont déjà lourdes.

A 16 heures, soudain, un sous-lieutenant découvre une issue nouvelle de la creute, par où l'infiltration vers le bois semble se présenter dans des conditions meilleures, avec poignée d'hommes résolus, il bondit vers les mitrailleuses les plus voisines et réussit à mettre les servants hors de combat à coups d'obus et de rafales de fusils-mitrailleurs. Le régiment appuie de ce côté et déborde bientôt la ligne des mitrailleuses, qui se taisent l'une après l'autre. La lisière sud-est en notre possession, la marche de front va pouvoir être reprise à travers bois. C'est la quatrième phase de l'attaque. La nuit est venue, et la marche est difficile; la forêt se prête aux embuscades ; plusieurs de nos éclaireurs, malgré leur vigilance, tombent sous les coups ennemis ; mais l'avance se poursuit dans, les ténèbres, lente et méthodique, et l'on gagne vers le dernier objectif de l'attaque. L'ennemi, à son tour, n'évite pas les surprises : un sous-lieutenant capture un officier d'artillerie qui revenait avec un avant-train, chercher du matériel oublié sur sa position de la veille et, près de la route de Pommeraye, nous ramassons, comme au filet, toute une centaine de prisonniers.

Le soir du 20 août, à 23 heures, suivant la consigne donnée le matin même, le Mont-de-Choisy était complètement occupé. On réorganise aussitôt la position, les réserves s'échelonnent afin de parer à tout retour offensif; les avants-postes s'avancent, au nord du Mont jusque dans la plaine et gardent le contact avec l'ennemi en retraite. Le général Mangin avait dit à son armée : « II est temps de secouer la boue des tranchées... »

C'est fait, et le premier quartier-maître général de l'armée allemande, Ludendorff, écrira plus tard dans ses souvenirs de guerre : « Le 20 août, fut un jour de deuil... »

Les éloges de Mangin, les regrets de Ludendorff sont, à des titres divers, un brevet merveilleux décerné au 330e. Le régiment reste sur ses positions jusqu'au 24 juillet.

 

Dissolution du 330e Régiment d'Infanterie.

 

Le 15 septembre, le chef de bataillon Marmier, commandant provisoirement le régiment, signait et portait à la connaissance de tous la décision suivante :

 

Ordre du régiment n° 406 :

« Le Régiment est dissous à la date du 16 septembre 1918 ; cette décision répond à des mesures d'ordre supérieur. Envoyé en renfort dans trois régiments différents, le 330 part en unités constituées. Chaque détachement arrivera uni dans son nouveau Corps, il y servira avec la même sérénité, le même calme, le même moral, la même foi qu'au régiment, où ces qualités s'alliaient avec la bravoure, l'esprit de sacrifice et un dévouement absolu à la cause de la Patrie. Le commandement a exprimé hautement sa satisfaction pour la belle conduite du régiment dans les récents combats. La Woëvre, Vermandovillers, la cote 304, les Monts, la Champagne, le Mont-de-Choisy, l'Ailette, constituent un passé glorieux ; en toutes circonstances, à son nouveau poste, chacun se rappellera ce passé, pour continuer la tradition saine et loyale du 330e R. I. »

Le 15 septembre 1918. Signé : Marmier.

 

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