Croix, Stèles et Calvaires

La Mayenne, le département aux 6 600 croix

 

La Mayenne, le département aux 6 600 croix Au bord des routes, sur le toit des églises, dans les cimetières… On en croise partout. Les croix et les calvaires constituent un patrimoine unique dans l’Ouest. Explications…

Plus de 6 000 croix et calvaires se dressent en Mayenne. Un patrimoine remarquable… Sur les 6 600 croix qui ponctuent le département, certaines sont en granit, d’autres en calcaire, en fonte, en fer. Les plus récentes sont en béton… Une majorité, 5 000 environ, a été taillée dans le bois par des charrons. Certaines ont disparu. Elles s’élèvent en majorité sur des terrains privés. Certains propriétaires l’ignorent, d’autres les font restaurer. Cet ensemble constitue un patrimoine fragile. On en dénombre deux fois plus en Mayenne qu’en Finistère où elles sont, cependant, d’une meilleure facture. Le matériau utilisé, le granit, y était de meilleure qualité.

 

 

 

Qui a façonné ces monuments ?

 

Au XVI e siècle, un grand mouvement s’est opéré pour édifier les calvaires bretons, des œuvres de premier ordre. Mes recherches ne m’ont pas permis de déceler la présence de tels ateliers en Mayenne. Les croix et les calvaires du département étaient réalisés localement, avec des matériaux des environs. Chaque secteur, on en a identifié dix dans notre territoire, affiche une identité. À Craon, on croise des croix en bois sculpté car la pierre manquait. À Renazé, l’utilisation de l’ardoise dominait. À Saulges, on travaillait le calcaire… Les formes varient également : croix à disque autour de Sainte-Gemmes-le-Robert, croix sculptées du Nord-Ouest, croix griffées autour de Saint-Pierre-des-Nids… La plus belle des croix de bois est fixée au chevet roman de l’église de Pommerieux.

 

Où se trouve la plus ancienne croix ?

 

À Courcité, au lieu-dit la Guinhard, en direction de Saint-Germain-de-Coulamer. Il s’agit d’une ancienne stèle funéraire, celle d’un chef gaulois établi dans les environs à l’âge de fer. Elle avait sans doute été érigée sur la crête des collines alentour. Ce lieu a longtemps été habité. On a retrouvé la trace d’une implantation gallo-romaine. À l’époque carolingienne, pour évangéliser la Mayenne, certains s’attachent à christianiser le milieu rural. L’objectif est d’éradiquer les pratiques anciennes. Cette croix, aux formes primitives, de plus de 1 000 ans d’histoire, constitue le plus ancien témoignage. La stèle d’origine a été retaillée, aplanie, de façon à centrer la croix et à effacer le souvenir ancien. Les habitants, des agriculteurs soucieux de leur croix et de sa préservation, ont aménagé les lieux pour qu’on puisse y accéder.

 

Que disent-elles à ceux qui les croisent ?

 

Elles signalent le tracé des voies antiques, les chemins de croix, ou guident les pèlerins vers le Mont Saint Michel sur les routes venant du Mans, de Tours et d’Angers. Elles ont supplanté d’anciens cultes organisés autour d’arbres, de sources, de pierres. Elles ont été utilisées pour délimiter le territoire paroissial. On en a érigé dans les cimetières et sur les parvis, sur le faîte de certaines églises. Elles indiquent ici la possession territoriale, là l’entrée d’une ferme. Elles commémorent les guerres. À la fin de la guerre de 100 ans, aux XIV e et XVe siècles, la paix revient. On a besoin d’une protection et la Vierge apparaît associée au Christ sur les calvaires. Le XIXe siècle est marqué par un courant de rechristianisation de l’espace. On en trouve à de nombreux carrefours, à l’entrée des propriétés. Elles indiquent à tous que les propriétaires sont de bons chrétiens. Les croix révèlent un certain état d’harmonie entre les hommes et le milieu rural. Elles sont le reflet de l’état du milieu rural dans l’histoire.

 

Interview d'Alain Guéguen ( Auteur du livre – Croix et calvaire de La Mayenne)

Ouest-France 3-4 septembre 2016

 

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