Le Montfleaux primitif

La création de MONTFLEAUX remonte à une époque qu'aucun document écrit n'autorise à préciser; sur ce point, la toponymie seule permet de projeter quelque lueur.

 

Si l'on admet que MONTFLEAUX vient de Mons Floaldi, d'où Montflaud par contraction, puis MONTFLEAUX, suivant un très ancien usage, la première syllabe de ce mot indique qu'il existait un mont – minuscule assurément – d'où la vue s'étendait sur ces abords préalablement déboisés; la seconde donne le nom guerrier franc qui organisa là un châtellier, destiné à lui servir de réduit défensif contre d'attaque, et qui s'installa sur un terre-plein adjacent avec sa famille, ses hommes d'armes, ses serviteurs, ses chevaux et bétail.

 

A en juger par la topographie des lieux, ce fortin de pieux et de palissades fut édifié à l'emplacement du château actuel, sur une motte artificielle, obtenue par le creusage de fossés que le détournement du ruisseau voisin avait permis de remplir d'eau courante et qui avait dû servir d'abri en des temps anciens. Cette motte était vraisemblablement une réplique de la motte du hameau aujourd'hui appelé la Censive, qui se trouvait à quelque distance et n'a été rasée qu'en 1900.

 

Dès l'organisation de la féodalité, le successeur du créateur de MONTFLEAUX vit son embryon de seigneurie transformé en un fief mouvant de la châtellerie de Charné-Bazeille (Ernée), et par elle de la baronnie de Mayenne.


 

 

Le château de Monfleaux (début du xxème siècle)

 

Se trouvant en bas de l'échelle hiérarchique, il n'eut aucun seigneur au-dessous de lui, dut foi et hommage à son suzerain et s'obligea à lui livrer annuellement cinquante boisseaux d'avoine à la fête de la Nativité de la Vierge, appelée Angevine dans le pays, avec trois livres, quatre sols d'argent. En contre de ces modestes devoirs, qui subsistèrent jusqu'à la Révolution sans aucun changement, il lui fut loisible de se constituer une réserve de prairies, de terres de labour et de bois sur une étendue représentée sans doute aujourd'hui par les fermes de la Grange et du Bois-Michel : puis, il concéda à charge de livraison annuelle de grains et de volailles, de prestations de main d'œuvre et d'un faible cens en argent, vu la rareté de la monnaie, landes et taillis à des gens venus des paroisses d'alentour, nommés Brouard, Baudron, Chaignard, Lory... Ainsi furent créés par des hommes libres, autour de la réserve du château, les hameaux de la Brouardière, de la Baudronnière, de la Chaignardière, de la Lorière, dont le domaine utile passa aux mains des défricheurs, puis à celles de leurs héritiers. D'autres hameaux furent édifiés au-delà de ceux qui viennent d'être cités, jusqu'aux terres relevant des seigneuries voisines de Gastines, Rigardon, Ivoy, Forge, le Bois-Béranger... arrière-fiefs eux aussi de Mayenne par le Bailleul de Gorron, Charné ou Pontmain. Ainsi constituée, la seigneurie de MONTFLEAUX n'avait qu'une importance limitée ; celle de Gastines lui était supérieure, en ce sens que l'église étant bâtie sur son territoire, son titulaire jouissait de ce fait d'une qualité enviée, celle de fondateur de la paroisse, en raison des prérogatives attachées à ce titre.

 

 

Trois siècles au moins passèrent depuis l'organisation de la féodalité et la mise en culture de quantités de terres du Bas-Maine, durant lesquels aucun événement se rapportant au fief de MONTFLEAUX et à ses seigneurs n'est consigné dans un texte qui nous est parvenu. Il est évident qu'aux huttes primitives de branchages, puis aux habitations de torchis établies sur le terre-plein voisin de la motte présumée, succéda une demeure aux épais murs de pierres, autrement favorables à la défense qu'une enceinte de pieux. Avec la terre provenant de l'arasement du « mont de Flodoald », le sol du terre-plein fut rehaussé et une chaussée construite dans la prairie voisine, d'où un vaste étang et d'un moulin, ces deux compléments de toute seigneurie médiévale, indispensables pour le ravitaillement en poisson des innombrables jours maigres et la production de farine nécessaire à la fabrication du pain quotidien.

 

Au cours de cette période de 300 ans, les seigneurs de MONTFLEAUX abandonnèrent leur nom patronymique pour se titrer de leur fief. Ils s'éteignirent avec une certaine Isabeau de Montfleaux, dont l'existence est connue par un legs qu'elle fit à l'église de Saint-Denis en 1367.

 

C'est après la mort de cette dame que la seigneurie advint par achat, héritage ou mariage, à un seigneur de Couesmes appelé Michel de Froullay.

 

Michel de Froullay, après avoir passé une partie de sa vie à guerroyer, à l'exemple de son père, et avoir épousé en 1371 la fille du seigneur de Vautorte, qui lui avait apporté le fief de la Bas-Maignée, fut fait gouverneur de Pouancé; puis, si l'on en croit un mémoire généalogique établi au XVIIème siècle pour le futur Maréchal de Tessé, en vue de sa promotion dans les ordres du Roi, il serait intervenu personnellement dans un traité entre le duc de Bretagne et le comte d'Alençon : par une clause de ce traité, il aurait consenti, pour établir la paix entre les deux seigneurs à ce que son château fort de Froullay dut démoli, ce qui lui aurait valu à titre d'indemnité une somme d'argent importante.

 

 

Blason de Froullay (Ambrières les Vallées) (source Wikipedia)

Serait-il grâce à cette somme que Michel de Froullay avait entrepris de substituer au MONTFLEAUX primitif un château construit neuf ?

La vaste pièce voutée, qui paraît avoir servi tout d'abord de salle de gardes à MONTFLEAUX, qui subsiste encore aujourd'hui en parfait état de conservation mas transformée en cuisine depuis le XVIIème siècle, permet de supposer que Michel de Froullay, grâce à la disposition des lieux et au voisinage de l'étang, put édifier à l'extrémité du terre-plein entouré de fossés remplis d'eau et sur l'emplacement de l'ancienne éminence, une demeure n'ayant point d'allure d'un château fort avec donjon, basse-cour et boële, comme le château de Lassay bâti à la même époque, vers la fin du XIVème siècle, dont il reste les substructures dans le château rebâti dans sa forme actuelle en 1458, mais une demeure propre à l'habitation, dont la sécurité reposait sur l'épaisseur des murailles, les douves et la situation en arrières des forteresses d'Ernée et de Pontmain, édifiées aux abords des routes d'invasion venant de la Bretagne. L'histoire locale n'a gardé le souvenir d'aucune attaque à main armée qu'aurait eu à repousser ce château, d'aucune guerre de seigneur à seigneur dans cette partie du Bas-Maine, d'aucune destruction par les Anglais durant leurs trente trois années d'occupation. Un souterrain permettant de sortir de la place en cas de siège paraît n'être qu'une légende. Le terrain d'ailleurs s'y serait mal prêté, en raison de se composition géologique et de sa configuration. Il existe bien dans la cour d'honneur, entre la chapelle actuelle et le portail un endroit où le sol frappé du pied sonne légèrement le creux; il est probable qu'il y subsiste la cave imparfaitement comblée d'une lointaine construction. Il faudrait surtout pas voir le point de départ d'un souterrain qui aurait gagné le château d'Ivoy, après un parcours de plusieurs kilomètres à travers légères éminences et vallées humides où serpentent des ruisseaux. C'est une croyance populaire qui ne repose sur aucun fondement,, et même l'idée romantique d'oubliette et prison.

 

Quand un crime fut commis sur le territoire de la petite seigneurie primitive de MONTFLEAUX, ce furent les autorités supérieurs qui seules se chargèrent d'arrêter les coupables. Jamais, que l'on ne sache, il y eut à MONTFLEAUX de geôlier.

 

En dehors de la salle voûtée actuellement conservée et dont il vient d'être question, il ne subsiste rien d'autre du second MONTFLEAUX, pas même une pierre ornée de quelques sculptures, remployée dans la troisième, et pas une description répétée dans maints écrits que des générations de Froullay y vécurent avec famille, hommes d'armes et domesticité.

 

 

De son mariage avec Jeanne de la Ferrière, d'une branche des la Ferrière qu'il ne faut pas confondre avec celle de Tessé, en Saint-Fraimbault-sur-Pisse, Michel de Froullay aurait eu deux fils, Guillaume et Ambroise, d'après une généalogie qui paraît avoir omis une génération. Ambroise fut tué à Argentan en 1436, dans un combat singulier de trente chevaliers français contre trente chevaliers anglais; il ne laissait pas de descendance. Guillaume se maria en 1442, probablement dans la zone libre de l'époque, puisque la baronnie de Mayenne fut aux main de l'envahisseur jusqu'en 1448 et que la noblesse bas-mancelle avait quitté le pays pour ne pas prêter serment d'allégeance au roi d'Angleterre. Sa femme, Marguerite le Sénéchal, était dame de Gastines; rentrée, comme lui à Montfleaux, en possession de son fief à la libération du Bas-Maine, elle le lui apporta, avec la qualité de fondateur de la paroisse de Saint-Denis, le droit et le titre et écusson au-dedans et au-dehors de l'église, ainsi qu'au vitrail derrière le maître-autel et le droit de sépulture dans le caveau creusé sous le chanceau. Par cette alliance, Guillaume avait acquis le premier rang dans sa paroisse; il fut tué à Castillon en Guyenne, au cours du combat qui fut une victoire française et la dernière bataille de la Guerre de Cent ans (1453). Bien que sur les sept enfants laissés par lui en mourant, il y eut quatre fils, la famille allait risquer de disparaître faute d'héritier mâle.

 

Source et article diffusé dans le bulletin municipal de Saint Denis de Gastines 1991

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